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07/09/2012

Voyager, messager des hommes dans l'espace-temps

Il faut voyager 35 ans, à la vitesse de 20 kilomètres par seconde (soit 72 000 kilomètres par heure), pour atteindre les limites de notre système solaire, à 18,7 milliards de kilomètres de la Terre. Telle est la leçon que les hommes viennent d'apprendre, en constatant que la sonde interstellaire américaine Voyager-1 est entrée dans le monde des étoiles lointaines. Elle échappe définitivement, c'est-à-dire sans espoir de retour vers notre planète, à l'attraction de notre Soleil.

Depuis un siècle, les astronomes savent que notre galaxie, la Voie Lactée, est très grande. Et qu'elle n'est qu'un point brillant parmi des centaines de milliards d'autres, dans un Univers qui est bien plus immense encore. Dans la banlieue de notre Galaxie, se trouve une étoile jaune, assez banale mais autour de laquelle tournent huit planètes.

Notre Soleil nous éclaire, nous chauffe, permet à la Vie de s'épanouir sur Terre. Mais des question restaient sans réponse. Jusqu'où s'étend l'influence de ce Soleil ? Jusqu'où faut-il voyager pour ne plus sentir ni sa chaleur ni ses rayons ? A partir d'où serions-nous bousculés par les vents qui viennent des autres étoiles ? Voyager-1 vient d'y répondre.

 Le grand tour des planètes

 Voyager, cosmos, espace, infini, planètes, NASA, Sagan, exoplanètesAvec ses 722 kilogrammes [Photo : NASA/JPL/CalTech], dont des caméras, des détecteurs divers, une grande antenne de télécommunications et trois mini-réacteurs nucléaires pour fournir de l'électricité, Voyager-1 (et sa sœur Voyager-2) est l'objet le plus lointain que les hommes aient lancé. Il a été envoyé dans l'espace par la NASA, l'agence spatiale américaine, le 5 septembre 1977. A ce moment-là, pour la plupart d'entre vous, jeunes lecteurs, vos parents n'étaient pas encore nés ou venaient juste de naître !

Sa mission initiale a été de survoler, pour la première fois, les deux grandes planètes du système solaire : Jupiter et Saturne. En passant, Voyager-1 a repéré les volcans actifs sur le satellite Io, la composition des anneaux de Saturne... Quelques mois plus tard, Voyager-2 a conduit les mêmes observations, avant de mettre le cap vers Uranus et Neptune. Ainsi, les deux sondes ont mené à bien la première grande reconnaissance du domaine solaire.

Les scientifiques et les ingénieurs de la NASA ont eu une autre idée en construisant ces engins : et s'ils étaient assez solides pour aller beaucoup, beaucoup plus loin ? Vers les étoiles, par exemple ? D'où leur nom : VoyagerVoyageur.

Un voyage sans retour, qui leur permettra de croiser le prochain système planétaire : dans 40 000 ans, Voyager-1 passera à 1,7 année-lumière d'une étoile dite naine rouge – appelée Gliese 445 – dans la constellation de la Girafe et proche de l'étoile Polaire. Quand je vous dis que l'espace est le domaine des très grands nombres...

Portrait de famille

 Voyager, cosmos, espace, infini, planètes, NASA, Sagan, exoplanètes, PioneerLe 14 février 2004, Voyager-1 s'est retourné vers le Soleil et a pris, en quelques dizaines de clichés, le premier portrait de famille du système solaire vu de l'extérieur [Montage : Voyager/NASA/JPL]. A notre époque de haute définition en milliards de couleurs, j'admets que l'image n'est pas terrible, techniquement parlant. Pourtant, elle représente un véritable exploit : chaque point blanc ou gris est l'une des huit planètes.

Notre Terre, si grande à notre échelle, devient encore plus insignifiante que vue depuis la Lune. Et là où se trouve Voyager-1 aujourd'hui, même Jupiter, avec ses 142 000 kilomètres de diamètre, est pratiquement invisible...

Il faut dire que la puissance de l'émetteur radio de la sonde est minuscule : 2 watts... soit la puissance de votre téléphone portable ! Depuis 18,7 milliards de kilomètres de la Terre, son signal met plus de 33 heures et demi à nous parvenir. De plus, vous tous qui êtes habitués à internet à haut débit (20 Mo par seconde en moyenne), le débit de transmission sonde-Terre ressemble à celui d'un tam-tam préhistorique : entre 16 bits et 1,4 kilobits par seconde !

 Des voix dans le cosmos

 Voyager, cosmos, espace, infini, planètes, NASA, Sagan, exoplanètesOn peut considérer Voyager-1 comme une sorte de bouteille à la mer cosmique. Certes, elle ne ressemble en rien à ces récipients que l'on trouve parfois sur une plage. Mais comme eux, elle est gardienne d'un message. Sur une de ses parois, est fixé un disque de 20 centimètres de diamètre, pouvant tourner à 16 tours un tiers par minute – il ressemble à un 33 tours, comme dans les collections de vos parents. Il est recouvert d'aluminium et d'or – d'où son nom : le Golden Record [Photos : NASA/JPL/CalTech] ou l'enregistrement en or – pour le protéger des poussières et des rayons cosmiques, qui pourraient l'endommager ou le détruire.

Sur une face, sont gravés des symboles – lisibles, on l'espère, par n'importe quel extraterrestre doué d'intelligence – expliquant comment mettre en marche le disVoyager, cosmos, espace, infini, planètes, NASA, Sagan, exoplanètes, Pioneerpositif d'écoute. Sur l'autre face, des microsillons (rappelons que le CD ou le DVD étaient encore inconnus en 1977...) renferment des voix : celles de dizaines de chefs d’État prononçant des discours dans leur propre langue, de dizaines de personnes disant « Bonjour » dans leur langue. Il contient aussi des sons naturels de la Terre (le vent, le tonnerre, des trilles d'oiseaux, le chant des baleines...), ainsi que 115 images révélant les paysages et les civilisations de notre Terre. Tous ces éléments ont été choisis par le grand astronome Carl Sagan, qui a eu l'idée de cette étrange cargaison.

Voyager, cosmos, espace, infini, planètes, NASA, Sagan, exoplanètes, PioneerIl n'en était pas à son coup d'essai. Les premières sondes interplanétaires, Pioneer-10 et 11, lancées en 1973 et 1974, transportent elles aussi un message sous forme de plaque, pour les éventuels extraterrestres qui pourraient les trouver dans l'océan cosmique [Images : Sagan/CalTech/NASA/JPL]. Il montre un couple, nu, résumant toutes les caractéristiques physiques des humains, avec la sonde à l'arrière-plan pour calculer notre taille. Le plan du système solaire montre que Pioneer est parti de la troisième planète en passant près de Jupiter. Enfin, des points de repère dans la Galaxie, qui symbolisent les étoiles à éclats – ou pulsars – visibles de partout, donnent la position du Soleil dans la Voie Lactée.Voyager, cosmos, espace, infini, planètes, NASA, Sagan, exoplanètes, Pioneer

 La connaissance et le rêve

 Alors, me direz-vous, pourquoi tout cela est-il si important pour qu'on y consacre des milliards d'euros durant des dizaines d'années ?

D'abord parce que, depuis toujours, l'humanité se pose de multiples questions sur l'Univers qu'elle habite. Quelle est sa taille ? Comment s'est-il formé ? Quelles sont les forces naturelles qui le dirigent ? Comment s'est formé le système solaire ? Comment la Vie est-elle apparue sur Terre ? Y a-t-il des chances pour qu'elle existe ou ait existé sur d'autres planètes du système solaire ? Où débute le domaine des étoiles en dehors de notre système solaire ? Y a-t-il de la Vie ailleurs – y compris intelligente – sur d'autres planètes lointaines ?

Car au 6 août 2012, 777 exoplanètes ont été confirmées [Image : Observatoire de Paris], presqueVoyager, cosmos, espace, infini, planètes, NASA, Sagan, exoplanètes, Pioneer toutes de masse supérieure à la Terre – dont plusieurs théoriquement habitables –, dans 623 systèmes planétaires dont 105 à étoiles multiples. Et au moins 2 321 autres, repérées par le satellite astronomique Kepler, sont à confirmer. C'est dire l'importance et l'universalité de ce phénomène dans la Galaxie – et, partant, dans les centaines de milliards d'autres galaxies de l'Univers.

Et puis, vous ne pouvez pas supporter d'être séparés de vos parents, de vos copains. A l'échelle de l'humanité, c'est la même chose : elle veut savoir si elle est seule ou si un jour elle pourra converser avec une autre civilisation – loin des frissons inspirés par la science-fiction. D'où ces bouteilles à la mer, dont on ne connaîtra peut-être jamais le sort, mais qui sont devenues nos messagers dans l'immense cosmos.

 Un salut de paix, pour une Terre qui en a bien besoin.

PHILIPPE DAGNEAUX