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28/03/2012

Antarctique – Le lac Vostok, un univers sous la glace (2)

 lac,vostok,antarctique,bactéries,vie,eau« Eau, tu n'as ni goût, ni odeur, ni arôme », écrivait Antoine de Saint-Exupéry, l'auteur du "Petit prince",  dans son merveilleux roman « Terre des hommes ». Il précisait : « Tu n'es pas nécessaire à la vie : tu es la vie ». Car sur notre Terre, et peut-être ailleurs dans l'Univers, l'eau est à la base même de la Vie. Elle seule permet, à notre connaissance, le mélange des éléments chimiques qui, du carbone à l'oxygène, ont provoqué la naissance et l'évolution des millions d'espèces, animales et végétales, qui peuplent notre planète.

 Alors, quel rapport avec le lac Vostok ? Cette eau, qui n'a eu aucun contact avec l'atmosphère terrestre depuis des dizaines de milliers d'années, constitue peut-être une oasis sous la glace. Non au sens saharien du terme (avec palmiers et chameaux), mais une oasis de vie, avec des espèces qui se seront développées, isolées des millions d'autres qui peuplent notre planète (*). Attention, pas la peine de rêver à des monstres, comme dans les livres de science-fiction ! Les scientifiques y découvriront certainement des bactéries, des êtres microscopiques unicellulaires – constitués d'une cellule et non de milliards comme nous.

 Comment le sait-on ? Avant de parvenir juste au-dessus de la surface du lac Vostok, leslac,vostok,antarctique,bactéries,vie,eau Russes ont analysé certaines des carottes. Ils y ont découvert des colonies de bactéries (en marron clair sur la photo), endormies dans la glace depuis plusieurs milliers ou centaines de milliers d'années.

Vous avez bien lu : endormies ! Contrairement à ce que l'on croit, ce n'est pas parce qu'un être biologique est coincé dans la glace qu'il meurt, du moins dans le monde des bactéries.

Cet état s'appelle la dormance d'une bactérie.

 

C'est si bon, le froid !

 Imaginez-vous en bactérie. Vous mangez, vous bougez, vous vous reproduisez... et tout-à-coup votre environnement change. Il fait très froid, l'eau qui vous entoure gèle peu à peu, menaçant l'eau de votre corps de se figer aussi. Et de vous tuer. Comme vous êtes un microbe extrêmophile – car vous adorez les conditions extrêmes –, vous produisez alors une sorte d'antigel, qui va empêcher ce gel. Et pour perdre le moins de substance possible, vous vous endormez. Oh, pas comme un ours qui va hiberner.

 La dormance est un état très particulier, qui vous permet de survivre alors que vous n'avez presque plus rien à manger et à boire, que la température glaciale vous interdit tout mouvement. Vous continuez à vivre, mais extrêmement lentement, au ralenti extrême.

 lac,vostok,antarctique,bactéries,vie,eauEn examinant de près ces microbes, les chercheurs ont découvert d'autres mécanismes de survie dans leur enveloppe. Chaque être vivant possède dans chacune de ses cellules un exemplaires de son ADN (photo), son code génétique, qui permet à la peau de se reconstruire après une blessure ou qui détermine la couleur des yeux. Ces bactéries sont sur-équipées, puisque chacune en possède 4 exemplaires ! De plus, elles entretiennent des mécanismes chimiques, qui réparent leur ADN automatiquement lorsqu'il est cassé par le froid. Un peu comme les lézards ou les salamandres, qui peuvent reconstruire une queue ou un membre lorsqu'il est coupé.

 

Vous avez dit extrêmophile ?

 lac,vostok,antarctique,bactéries,vie,eauDepuis une cinquantaine d'années, les scientifiques ont découvert des bactéries qui résistent à peu près à n'importe quoi, un peu partout sur la Terre. Le sel, la chaleur, l'acide, la sécheresse, l'altitude, les rayons ultra-violets, la profondeur, rien ne les fait mourir.

On a même découvert une espèce qui se prélasse littéralement dans l'eau refroidissant les réacteurs nucléaires, là où théoriquement les radiations sont si fortes qu'elles tuent toute vie. Elle s'appelle Deinococcus radiodurans (photo) et a même été surnommée "la bactérie la plus résistante au monde"... C'est dire !

Bienvenue dans le monde des extrêmophiles !

 Dans le lac Vostok, il fait presque chaud – oh, rien de bien tropical, juste un petit - 2,5°C en moyenne – par rapport à la surface. Mais même au-dessous du point de congélation (0°C), l'eau ne gèle pas. Non seulement à cause du mouvement du glacier au-dessus (lire l'article 1), mais parce qu'il est possible que des sources d'eau chaude percent le plancher de ce lac mystérieux – le même phénomène existe au fond de l'océan Atlantique, où des colonies de microbes, de poissons et de crabes vivent autour des « fumeurs noirs » (la vidéo ci-dessous montre ces remontées d'eau chaude gorgées d'acides et d'éléments nutritifs). De là à rêver que des espèces inconnues ont pu se développer dans ces eaux, il n'y a qu'un pas.

 Cette adaptation au froid extrême pose une autre question, plus fondamentale, sur l'origine de la Vie sur Terre. Les scientifiques ont longtemps considéré qu'il fallait un environnement aquatique chaud pour permettre aux premières cellules de se former, dans l'océan primordial, il y a plus de 3,5 milliards d'années.

Une nolac,vostok,antarctique,bactéries,vie,eauuvelle hypothèse, celle de la « Terre boule de neige » (photo : Université de Copenhague), a émergé ces dernières années. Elle pose que les êtres unicellulaires primitifs ont dû se battre très tôt contre des froids rigoureux, alors que la quasi-totalité de la Terre était prise dans les glaces. Des poches d'eau dans la glace leur ont donné les moyens de survivre, avant que le réchauffement climatique – vous voyez qu'il peut y en avoir de bons ! – les libère et permette leur essor partout sur notre planète.

 

Mais comment faire pour voir ces bactéries ?

 

(*) On estime à 1,4 million le nombre d'espèces vivant sur les continents et à plus de 10 millions celles réparties dans les océans. C'est cela, la biodiversité.

 

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